Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Texte en français et revirada en Mentounasc

Les ânesses de Géni de Gorbio

samedi 25 mars 2017 par Jean-Louis CASERIO

« LES ÂNESSES DE GÉNI DE GORBIO »

Un jour, l’âne gris de Géni mourut de vieillesse. Je vous raconte cette histoire pour l’avoir vécue, car l’écurie de Géni, sur la Moua (la place du vieux château) se trouvait à côté de ma porte d’entrée. Elle n’était séparée de ma salle à manger que par un vieux mur de pierres et de chaux. Lorsque j’avais des invités, des « fourestiers » (gens qui ne sont pas de Gorbio) il s’en trouvait toujours un pour dire : « chez toi, il y a comme une odeur de campagne »… !
Pour remplacer son âne, Géni se fit un devoir d’en acheter un autre. C’était une ânesse originaire de Corse. Il l’appela Poulìn car, à l’inverse des petits ânes gris de Gorbio, elle était noire et grande comme un petit cheval. Quelques temps plus tard, je m’en souviens bien, un soir, derrière ma porte, j’entendis Géni se lamenter… le ventre de Poulìn gonflait anormalement et il pensait qu’elle avait attrapé « le mauvais mal ». Il fit venir d’urgence le vieux Calvin vétérinaire de Menton, lequel, en voyant la bête, s’esclaffa de rire ! « Ves pa qu’ès piéna aquela sauma » « tu ne vois pas qu’elle est en cloque cette bête ». En effet, Poulìn avait ramené de l’île de beauté, le souvenir d’un amour dans le maquis !
Quelques temps après, j’assistais à la naissance de Belle, une autre ânesse, aussi noire, aussi haute sur pattes et aussi bien maquillée que sa mère… sitôt sortie sur la paille, sitôt debout.
Mais cette belle énergie ne fut pas d’un grand secours pour Géni, car, pas plus que sa mère auparavant, la jeune ânesse n’accepta de porter le moindre bât et la moindre charge… Quand Géni s’aventurait à les charger, les deux ânesses s’accroupissaient au sol, les quatre pattes écartées comme le font les cockers…
Quand Medelo le forgeron venait ferrer les ânesses, aidé de Baloun qui tenait le sabot, il disait à Géni : « aussi, toi, quelle idée d’être allé acheter un âne corse ! ».
Le soir, en rentrant du Faiscin ou de la Barma, on voyait Géni traverser la place avec d’énormes ballots de foin sur la tête, tandis que Poulìn et Belle faisaient leur numéro aux terrasses des cafés, où les touristes les remerciaient de leur beauté par un quignon de pain ou un morceau de sucre…
Tandis que, marchant devant, on entendait, en écho sous les voûtes du village, notre brave Géni qui proférait des achidente, des que brujesse, des ruge et des rumente, des bruta sauma et des vierja petan… pardonnez-moi mon père, mais Géni était un vrai républicain !
Michel ISNARD
Extrait du discours de Michel Isnard, maire de Gorbio, à l’occasion de ses vœux à la population (29 janvier 2017)

E SAUME DE GÉNI

Un jorn, r’ase gris de Géni è mouart de vielhessa. Vou cuentou aquela stòria vera, perqué ou stabì de Géni, s’a Moua (a piaça dou Casté-vielh) se trovava à cousta da mìa poarta d’intrada. Era vesina da mìa sara da manjà arent una vielha muralha facha de peire e de caussina. Quoura de fourestìe venìan en casa mìa, i n’era sempre un pèr di-me : « Da tu, i es couma un’ audoù de campagna… » !
Pèr rempiaçà a soua bèstia, Géni se fa un douvé de cata n’en un’ autra. Era ‘na sauma d’en Còrsega. Ra sounàia Poulin, perqué era negra e grana couma un cavalet. Era ben diferenta de pichoune saume grise de Goarbe.
Quarque tempe pu tardi, m’en avisou ben, una sera, darraire a poarta, sentou Géni que se lamentava… A pansa de Poulin gounfiava pran e Géni pensava que s’era pilhà « ou marrì mà ». Elou de fa venì mestre Calvin, ou veterinari de Mentan que se fa d’arri en vehent a bèstia. « Nou’ véhe qu’ese piena aquela sauma ! » N’efet, Poulin s’avìa recampà de l’ìsoura de belesse, una remembrança d’una scapada ent’ou jerb !
Poc tempe fa, vegou naishe « Belle », un’ autra saumeta, negra, auta de camba e béla couma sa maire… Aishì vitou s’a palha, aishì vitou issàia. Mà sta béla energìa n’era pa d’un gran ajutou pèr Géni, perqué, couma sa maire, a sauma jouventa n’a mai voushù pourtà ou bast ! Quoura Géni vourìa embastà-ra, e doue saume se courcavan en terra, e quatre pate scartàie couma fan u cocker…
Quoura Medelo, ou chapounìe, venìa ferrà e bèstie dame r’ajutou de Baloun que tenìa ou scro, desìa à Géni : « Aloura tu, qu’idéa al augù d’anà à catà un ase d’en Còrsega ! »
A sera, dintrent de Faiscin o de Barma, vehìan Géni arrecampa-se en piaça dame de grosse barrioù de fen s’a tèsta, en tant que Poulin e Belle fasìan u nùmari davant u touriste assetà en foara de oustarìe, que pèr remercià-re i dounavan un cuculuchou de pan o un toc de sùcarou…
E caminent davant, se sentìa retronà souta e voute dou vilage, ou noaishe bràu Géni que ralhava tantu achidente, que brujhesse, ruge e rumente, bruta sauma, vierja petan… ! « Perdouné-me, padre men, mà Géni era un verou republican ! »

Revirada en mentounasc da Jean-Louis Caserio
Félibre Majoral


Portfolio

Accueil | | | | Statistiques du site | Visiteurs : 28 / 142983

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Le Coin du Mentounasc de Nice-Matin en 2017  Suivre la vie du site N° 369 - Le « Coin du Mentounasc » du 25 mars (...)   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 1