Société d’art et d’Histoire du Mentonnais

Serge le paysan-murailler

Tradition : les murs en pierres sèches…
lundi 12 février 2018

Dans son texte, Frédérique Lorenzi nous présente le travail de restauration d’un mur en pierres sèches...
Un bon mur est parti pour durer 30 à 40 ans... Il faut un ou deux jours pour s’y mettre et ensuite cela vient, comme un puzzle !
Facile à dire !
Ce texte en Français est suivi d’une « Adatacian de Mauri Osicki-Ampolini », en mentounasc, bien sûr.

SERGE LE PAYSAN-MURAILLER

Il fait beau à Castellar même si quelques flaques d’eau obligent à emprunter les bas-côtés du chemin de terre qui conduit à la maison de Marta et Serge. Le paysan murailler est aujourd’hui formateur et accueille une demi-douzaine de stagiaires désireux d’être initiés à la restauration de murs en pierres sèches. Certains sont venus en voisins comme Robert, l’agrumiculteur, d’autres de plus loin : Peille, Le Broc. Le stage est organisé par Agribio et il est gratuit.
Serge nous amène sur une belle planche d’oliviers au sol bien travaillé où parfois un cerisier ou un abricotier vient s’intercaler. L’âne Hercule suit le groupe sur la planche d’en dessous. Nous sommes au pied d’un mur en pierres sèches de 8 m de long et de 2,50 m de haut. Ce mur de soutènement porte différentes signatures indiquant plusieurs remaniements. Une légère inclinaison, « le fruit », permet au mur de résister à la pression du sol qu’il soutient. Le « fruit » est d’environ 15 cm par mètre de hauteur.
Le socle est impressionnant, formé de pierres solides et de grande taille. Les pierres de parement sont montées ensuite et posées en quinconce, de manière à constituer un maillage empêchant la pluie de ruisseler le long des joints. Le dernier lit de pierres, au sommet, constitue le couronnement de l’ouvrage. Constitué de pierres posées à plat ou verticalement, ce rebord doit offrir la meilleure résistance à ceux qui s’y assoiront ou marcheront dessus.
Il y a aussi toutes les parties de l’ouvrage que l’on ne voit pas : les pierres qui forment la fondation sur 30 cm en dessous du niveau du sol et les pierres de calage et de remplissage, posées à l’arrière du mur pour assurer le drainage. La largeur du mur à sa base doit être égale à 50% de sa hauteur, proportion respectée à chaque lit de pierre pour la hauteur restante. Le calibre des pierres diminue au fur et à mesure que le mur monte.
On mesure ici combien le travail préparatoire de récupération, de tri et de choix des pierres est essentiel, puisqu’il faut s’assurer de pouvoir disposer de suffisamment de matériaux pour terminer l’ouvrage. Il est aussi parfois nécessaire de tailler les pierres au pic afin d’obtenir un ensemble harmonieux. Un mur de pierres est vivant et il va décompresser, bouger au cours des deux années suivant sa construction.
Serge se veut rassurant. Le travail est physique mais passionnant. Il permet aussi de tout oublier, comme dans la méditation. Il ajoute qu’un bon mur est parti pour durer 30 à 40 ans, mais qu’il faut bien cogiter avant de se lancer dans l’aventure. Il faut un ou deux jours pour s’y mettre et ensuite cela vient, comme un puzzle. « Tu regardes tes pierres, la coudée, le bras pour calculer le fruit (pendage) du mur. Les plus belles pierres sont gardées pour le parement. Les pierres sont croisées pour créer un chaînage. Il ne faut pas que les pierres jouent entre elles. »
Etre patient et ne pas se décourager sont les qualités premières de l’humble murailler : il ne faut pas hésiter à démonter et remonter « Trois semaines par an, 100 heures de travail et tu auras les bases… Plus tu feras des murs et moins tu mettras de cales. »
Frédérique Lorenzi

SERGE ROU PAÏSAN-MURALHAIRE

Fà belou temp à Castelà margrà quarque louane d’aiga que fan passà pèr e coustà basse dou camen de terra menent ent’a casa de Marta e de Serge. Ancuì rou païsan-muralhaire rechéu quarque stagiari pèr inicia-re à barjacà una muralha. Ou vesen que fà r’agrumicultura, Roubert, e d’autre persoune de Pelha o dou Broc san vengùe per vé couma se fà. Ou stage es ourganisà da Agribio e noun cousta ren.
Serge nou mena ent’una faisha bela d’aurevìe dame de vote una ceriejhera o un abricoutìe entercalà. Ercule, r’ase ese s’a faisha de souta e seguita rou groupament. Sema arribà davanch a muralha barjacàia que fà 8 m de long e 2.50 m de aut. S’aquela muralha se pouhe vé re segnature diferente qu’an laishà pran de restauracioù prechedente. Una pèndita, sounàia a remorsa -o ben, ou retirament- permete à ra muralha de resiste à ra fouarça da terra que soustene. A remorsa ese de 15 cm pèr 1 m de autessa. A basa es empressiounenta, fourmàia dame de pèire regente e grosse. D’autre pèire se metan apress soubre, piaçàie en quinconça pèr scartà r’aiga da pioja. En su, i es ou courounament da muralha, que déu èsse fach dame de pèire ben piate pèr pouré assetà-se ou caminà susa.
I san tamben tout’ e partìe dou travalh que noun se véhan : a foundacian, 30 cm souta ou livelou dou solou, e pèire dou pountelage e pèr iempì, pèr dessecà perqué san toute piaçàie darraire aquele que fan a fachada dou maijhìe. A spessoù ent’a basa déu èsse a mitan da autessa e de man en man car sempre respetà aquela règula e mete de pèire de mai en mai pichoune.
Aquelou travalh demanda una granna preparacian : recuperà e pèire, trià-re, calibrà-re, sabé se i n’a bastantament pèr fà tout ou maijhìe. De vote, car picà e pèire pèr avé una muralha armouniousa.
Ou travalh ese fìsicou mà passiounent e Serge vouhe èsse rassurent. Se pouhe scourdà tout en fasent aquel’obra, istess couma una meditacian. Nou spiega tamben qu’una muralha ben facha déu durà 30 anne o scaijhi 40 anne, sensa scourdà-se qu’ese viventa e va boulegà re doue primi annàie. Car pensà dadaban avanch de coumençà, un jorn o dou pèr reflete e apress a muralha naishe poc à poc.« Gardéa ben re toue pèire, a goulhàia, cuente ou retirament pèr avé rou ban enclinament da toua muralha. E pèire re pu bele san reservàie pèr ou parament, san crousàie perqué noun car pa que boulegan entra elle. »
Car èsse pacient e perseverent, acò san e qualità essenciale dou muralhaire ùmile que desfà e torna fà ! « Tre semane ente r’ann, cent’ oure de travalh e pouare coumencà… Mai faral de muralhe e menou meteral de care. »
Adatacian de Mauri Osicki-Ampolini , Felibressa mentounasca


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