Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Paysan mentonnais d’autrefois…

Ópera d’aloura

Labeur d’un paysan d’autrefois...
dimanche 3 juin 2018 par Auguste MACCARI

Paysan mentonnais d’autrefois…
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ÓPERA D’ALOURA
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L’arba spounta just s’a Mortola, da fenestra dou sen alojou, souta tech d’una casa-spìa da traversa dou Casté-Vielh, gardéa ra magìa, sempre coumouventa, da naishença d’un jorn nòu qué rousséa à levant. A revestì e roubuste bràie de frustagna e ra camijha de coutan regàia, tengùa d’una larga banda de flanela, qué tenerà ben au caud e rene, pran en pena dam’u sfouarse da venì. S’a taura qué squiarishe ra fiama balante d’un caregn, Angelì ha lestì a soua prima coulacian, un toundou de soupa spessa, i meterà de pan per rende-ra demai counsistenta encara, un gouat de ven vitou begù, e s’en va. Ra testa cuberta d’una vielha berreta negra, s’ou piech ou scourasen da bissaca, garnì da soua spousa dou diernà, una bela lesca de pan, un poc de froumai e de quiareta de marunvern, r’aiga se trova ent’ou predi, sgourga ben fresca.
Ru passe de soue scarpe-grosse choudàie rebounban ent’a carriera dou Vielh Casté, s’en mounta d’un’andatura lenta ma reguliera, puhi pèr ou caminet da Couala soutrana retrova rou Ver de Mentan, ailì es ou sen travalh d’aquer jorn. Antò es un journalié campagnolou, rou sen autiss ou pouarta aganchà s’a spala drecha, un magalh da bec, qué intra ben found ent’a terra, ra chavira e r’aréa. Ofra ra soua fouarça de travalh à qù rou demanda, pèr laurà quarque pesse de terra, d’ortou, gagna rou sen pan aishì, traten tamben ou propi predi qué rende ourtàia e frucha. Acò es ra fachenda da soua vita pèr mantenì a soua familha.
Ou sourelh dejà tramountà, fra poc se piaterà darraire re noastre couline, aquer jorn, Antò noun se recampa couma d’abitùdine, Angelì trova strann acò, se fastidìa fint, noun es un ome à stirassà-se en cantina pèr chalabrounà o béu. Fa nuech ! Angelì perde paciença, sà ouna sen spousou avìa ra soua obra stou jorn. Aloura s’en va d’en pass ràpidou, sout’a quiaroù da luna qué douna un poc lume au camen. Retroverà Antò, chavirà soubre rou magalh piantà ent’a terra…. Mouart !
Era rou 12 de prairial 1806. Avìa 46 ane.
Auguste MACCARI
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LABEUR DU PASSÉ
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L’aube pointe à peine sur le cap de la Mortola, de la fenêtre de son logement, sous le toit d’une maison-mirador de la traverse du Vieux château, il regarde la magie, toujours émouvante, de la naissance d’un jour nouveau dans le rougeoiement du levant. Il a revêtu son robuste pantalon de futaine et la chemise de coton à rayures, tenus à la taille par la large ceinture de flanelle, qui maintiendra une chaleur salutaire de la région rénale sollicitée par les efforts à venir. Sur la table qu’éclaire la flamme dansante d’une lampe romaine, Angelì a préparé sa collation matinale, une assiette de soupe épaisse, dans laquelle il ajoutera du pain pour la rendre plus consistante encore, un verre de vin promptement avalé, et il part. Son vieux bonnet noir vissé sur la tête, en travers de la poitrine la sangle de sa musette garnie par son épouse du repas de midi, une large tranche de pain, un peu de fromage et du vin clair de marunvern* (cépage local donnant un vin clair), l’eau est sur place, elle jaillit d’une source fraîche.
Ses pas, rythmés par le son des semelles cloutées de ses chaussures mi-hautes qui frappent le sol, résonnent dans la rue du Vieux Château qu’il remonte d’une démarche lente mais régulière, par le sentier de la Colle inférieure il rejoint le Val de Menton où l’attend son labeur. Antò est un paysan journalier, son outil il le porte pendu sur son épaule droite, une bêche tridents, qui pénètre profond dans la terre, la retourne, l’aère. Il loue sa force de travail à qui le demande, pour labourer quelques ares, des potagers, ainsi gagne t-il son pain, en plus des soins apportés à son propre lopin de terre, qui lui fournit des légumes et des fruits. Ainsi va sa vie pour faire vivre sa famille.
Le soleil déjà décline, il se cachera bientôt derrière nos collines, ce jour-là, Antò ne rejoint pas la demeure selon l’heure habituelle, Angelì s’en étonne, s’inquiète même, il n’est pas homme à traîner en cantine en bavardages et libations. La nuit ! Angelì n’y tient plus, elle sait où son époux avait ce jour sa tâche, alors elle part d’un pas rapide, sous la lueur lunaire qui éclaire un peu le chemin. Elle trouvera Antò, couché sur sa bêche plantée dans la terre…. Mort !
C’était le 12 prairial 1806. Il avait 46 ans.
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Auguste MACCARI


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