Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Une ancienne institution, à Castillon…

Le berger communal : A cabràia

lundi 22 octobre 2018 par Jean RAYBAUT

UNE ANCIENNE INSTITUTION, À CASTILLON…
Le berger communal : A cabràia
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Vers la fin du XIXème siècle les Castillonnais avaient mis en place une ingénieuse organisation pour assurer la garde des chèvres de tout le village. Sans doute dans les villages voisins en était-il de même…
Le problème était le suivant : chaque famille possédait un certain nombre de chèvres. Animal rustique, la chèvre, outre le lait qui donnait de si bons fromages, offrait, en plus un chevreau par an. Le boucher de Sospel montait les chercher dès que la taille requise était atteinte. C’était une des rares occasions où un peu d’argent entrait dans la famille. Il faut rappeler que la pauvreté du sol et la petite taille des parcelles ne permettaient pas d’importantes récoltes que nos paysans auraient pu vendre. Le produit de leurs maigres terres suffisait à peine à subvenir aux besoins de la famille.
Le « cheptel » était différent d’une famille à l’autre. Les plus modestes se contentaient de trois chèvres et les plus « aisés » allaient parfois jusqu’à 10 ou 12 animaux. Certes chacun aurait pu « garder » (faire paître) ses propres animaux sur ses terres. Mais l’idée de constituer une sorte de troupeau communal se développa. L’objectif était de réunir toutes les chèvres du village et d’aller les garder sur les terrains communaux, vastes étendues non cultivées qui entouraient la cité.
Puis vint le choix du berger. Il était hors de question de payer quelqu’un. Alors il fut décidé que chacun des propriétaires de chèvres et, à tour de rôle, irait garder le troupeau communal qui prit le nom de cabràia.
C’est là que l’on va voir s’instaurer un système astucieux, même s’il peut paraitre compliqué au premier abord. Tout d’abord il parut évident à tous que ceux qui avaient plus de chèvres devaient assurer la garde la plus longue. On décida donc que la garde serait assurée à raison d’un jour par chèvre. Ainsi trois chèvres = trois jours de garde. 5chèvres, 5 jours etc.
La réalité était moins simple. Dans le village tout le monde travaillait tous les jours « à la campagne ». Si bien que celui qui mettait 5 ou 6 chèvres à la cabràia, ne pouvait pas s’absenter 5 ou 6 jours durant.
Il fut alors décidé que chacun ne garderait qu’un jour à la fois. A tour de rôle chacun ne gardait qu’un jour, et ceci jusqu’à ce que toutes les familles engagées soient passées. Alors on recommençait. On refaisait un tour, chacun un jour. Et ainsi de suite. Bien évidemment, celui qui n’avait que trois chèvres, faisait ses trois « rotations » et sa corvée était terminée. Les autres continuaient afin de faire autant de rotations qu’ils avaient de chèvres.
On arrivait ainsi à ce que celui qui avait le plus d’animaux était de corvée plus longtemps, ce qui est normal, mais sans avoir dû s’absenter de ses terres plus d’un jour à la fois.
Chaque matin, aux petites aubes, les portes des écuries s’ouvraient : les chèvres qui avaient vite pris l’habitude se regroupaient sur la place du village. Là le berger du jour partait avec sa cabràia vers les collines proches où les biquettes allaient se régaler d’herbes et de pousses fraîches. En fin de journée le petit troupeau se retrouvait sur la place et chaque chèvre regagnait facilement son domicile, d’autant que souvent un chevreau impatient l’attendait…
Jean RAYBAUT
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OU PASTRE COUMUNÀR : A CABRÀIA
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Au sécoulou passà, e Castilhounencs an inventà un’ ourganisassioùn per gardàr e cabras de tout’a villa. (Se capìta e pahisòts vesins fasiàn parier…) A difigourtà éra que càda-un avìa de cabras, ma carcuns en avìan douos, d’autres tres o quatre d’autres basta una, e d’autres cinc, vech e magara dès…
Dam ou lach, cada-un fasìa de froumai e cad’ann a cabra dounava un bel cabrin. Coura era devengù un pau pu gros, ou boucher de Sousper mountàva (fasìa sempre quarque sòuos que ientravan en bounliera) Se car navisàr qu’a terra noun èra rica (facha d’escalhoun) e cantounlaias pichinas couma a produssioun just per soubreviéoure.
Ou bestiari era diferent segount e famelhas : E pu paures devìan se countentàr de douos o très cabras e d’autres, pu « rics » pouriàn n’aver fint a des o douse. Certou, cada-un aurìa pourgù gardàr (o far gardàr) e sieous bèstias sus e terras da famelha. Ma es vengùa idea de fourmàr ‘na « cabràia » fàcha de toute e cabras dau pais e d’anàr e gardàr se terras da coumuna, terras que noun eran lauràias.
Aloura à cargù cercàr quarqu’un per gardàr toute aquele bestiàs da coumuna. Noun se pourìa pensàr de pagàr un pastre… An pensà que cada-un d’aques qu’avìan de bèstias en cabràia devìa à gardàr un jounl per càbra. Tre cabras : très jounlaias de gàrdia, cinc càbras : cinc jounlaias …Ma aquel qu’avìa cinc cabras noun pourìa laishàr a terra cinc jous da fìla…
Aloura an pensà que cada famelha « garderìa » un jounl cadùna. Coùran tous eran passà un còu se recoumensàva un girou : Courà cada-un avìa passa un còu , un autre girou se fasìa. Aquel qu’avìa quatre cabras fasìa quatre girous… Coum’acò, cadaùn gardava a cabràia tant de jous qu’avìa de cabras. E aquel qu’avìa ou mai de cabras gardava mai que-s autres. (ma mai tout d’un coù).
Cada matin a l’entrebun, e pouortas des estàbis se durbiàn e e cabras anàvan rejugne es autres sa piassa doùn asperava ou pastre.
De sera, a cabràia, de retounl, noun stasìa gaire sa piassa : e cabras partìan soucoù rejùnie ou cabrin qu’asperàva en l’estàbi. (Panlàr castilhounénc)
Jean Raybaut


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