Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Paru dans le PAÏS MENTOUNASC de l’automne

Deux Castillonais dans la Grande Guerre

Anciens Combattants de la classe18...
jeudi 8 novembre 2018 par Jean RAYBAUT

Anciens combattants de la classe 18…
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DEUX CASTILLONAIS DANS LA GRANDE GUERRE
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Les réunions de famille ont longtemps et souvent permis aux deux grands-pères de se rencontrer : comble de bonheur ils étaient de « la même classe ». Pour les plus jeunes, précisons que « la classe » c’est tout simplement « l’année où l’on a 20 ans » : être de la classe 18 c’est avoir 20 ans en 1918… C’était le cas pour ces deux rescapés de la Grande Guerre : mon Père et mon Beau-père.
Certes les rencontres avec repas pris en commun étaient assez fréquentes et très vite un rituel s’installa. Il en est un qui mérite qu’on le décrive car il nous apprend beaucoup et jette un éclairage particulier sur l’influence, l’impact qu’a eu celle qui a gardé pour nom « La Grande Guerre »
« Poilu », fut le nom qui désigna très tôt les jeunes Français « appelés sous les drapeaux », pour participer à cette guerre contre l’Allemagne, mais qui serait certainement de courte durée…et la dernière. Elle dura quatre ans… et d’autres hostilités suivirent et non des moindres. Et des dizaines d’années après l’empreinte restait profonde dans le cœur et l’esprit de ces deux « Anciens Combattants ». …A peine s’étaient ils salués, lors de repas organisés chez l’un ou chez l’autre, que le rideau semblait tomber qui allait pratiquement isoler les deux anciens « Poilus ».
Eh oui ! Lors de la rencontre initiale, la première préoccupation fut pour chacun de connaître la « classe » de l’autre, c’est-à-dire l’âge, c’est-à-dire la position de chacun par rapport à La Guerre, la leur, la seule, la Grande Guerre.
Dans quelle arme avait-il servi ? Dans quel secteur ? Combien de temps ? Commandés par quel Général ?
Un rideau, une chape venait de tomber isolant les deux Anciens Combattants du reste des convives : le repas durant, se déroulait le long film maintes fois commenté, chaque fois répété au mot près. Les autres convives de ces fréquents repas de famille n’existaient plus. Les deux Anciens Combattants ressassaient leurs vieux souvenirs. Les autres convives écoutaient et retrouvaient les mêmes mots, les mêmes expressions et n’étaient surpris que lorsqu’une toute petite variante venait se glisser dans une conversation que tous connaissaient parfaitement…
Les toutes premières rencontres furent touchantes : cette solidarité soudaine, ce plaisir partagé, cette émotion commune évidente et cette précision méticuleuse dans la description détaillée de tel ou tel épisode surprit toute l’assistance. Mais les deux comparses n’étaient plus là, ou plutôt c’est nous qui étions loin, très loin des lieux et des événements que pour la Xème fois ils se remémoraient chacun à tour de rôle. C’était touchant et ces épisodes très souvent répétés nous ont tout simplement montré, mieux que tous les discours, l’impact que ce terrible moment avait eu sur leur esprit de jeune de 18 ans…
Rencontres et repas furent nombreux, et chaque fois les deux anciens poilus reprenaient le récit de leurs douloureux souvenirs, au mot près. Cette persistance nous en apprit plus sur le calvaire enduré que tous les articles, récits et articles savants.
On devinait en fin de repas, ce qu’une promesse tacite laissait prévoir pour la prochaine rencontre…
Jean RAYBAUT


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