Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Recueilli par Jean-Louis Caserio, revirada de Solange Mongondry Barbéris

Quand le comte de Souvigny passa le col de Tende en 1637

Quoura ou Counte de Souvigny ha stracoulà ra couala de Tenda en 1637
dimanche 22 mars 2020 par Jean-Louis CASERIO, Solange MONGONDRY BARBERIS

QUAND LE COMTE DE SOUVIGNY PASSA LE COL DE TENDE EN 1637
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Le chevalier Jean de Gangnières, comte de Souvigny (1597-1673) fit une belle carrière de lieutenant-général des armées du roi. Il voyagea beaucoup et consigna consciencieusement ses observations qui furent considérées comme très utiles pour l’étude des institutions et des mœurs militaires au XVIIe siècle. Il rédigea ainsi ses mémoires restées longtemps manuscrites. Ce n’est qu’en 1906-1909 que le baron Ludovic de Contenson (1861-1935), publia pour la Société de l’histoire de France chez l’éditeur H. Laurens à Paris et d’après le manuscrit original, les Mémoires du comte de Souvigny en trois forts volumes de près de 400 pages chacun !
C’est dans le tome 1er (1613-1638) qu’est évoqué le retour de Souvigny en Piémont par le col de Tende, passage obligé sur la route de Nice à Coni à 1793 mètres d’altitude. Il écrit (pages 335-336) :
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« …J’aime faire un mémoire de mon retour en Piémont avec le commissaire et le trésorier qui en étoient (sic) partis avec moi, et d’une aventure qui m’arriva au col de Tende. C’est qu’ayant été porté au sommet du col, je me mis en une ramasse (de l’italien ramazza ; la ramasse est une sorte de traîneau, guidé par un homme, et qui sert à descendre les montagnes couvertes de neiges) ; les ramasseurs, voulant gagner le devant au lieu de suivre le chemin ordinaire, me firent passer par une dressière (vieux mot qui signifie chemin de traverse) où l’eau d’une fontaine s’étoit répandue et glacée sur la neige l’espace d’environ mille pas. Ces misérables, me croyant perdu, se dégagèrent de la ramasse. Au demi-tour qu’elle fit quand ils la quittèrent, je pris mon temps d’en sortir, et, dans le penchant du précipice où il me sembloit d’aller aussi vite qu’un trait d’arbalète, je me tins ferme sur mes reins, avec les fesses et les mains, pour garantir ma tête de heurter contre la glace. Quand je fus arrivé à la fin et que je me trouvai sur la neige, je considérai d’où j’étois venu et où pouvoit être le bourg de Limone, où je devois aller, et commençai à m’acheminer de ce côté-là, sondant toujours avec mon épée pour ne tomber pas en quelque fond plein de neige. Etant un peu refroidi, je m’aperçus que mes gants de cerf m’avoient bien servi, mais qu’ils n’avoient pu empêcher mon poignet d’être percé jusqu’aux os, aussi bien que mes fesses, et mes chausses toutes déchirées. Je n’eus pas fait environ demi-quart de lieue que j’entendis des voix qui m’appeloient. Je reconnus bien celles de M. Poyet, commissaire, et de M. Perret, trésorier, qui, ne m’ayant pas trouvé à Limone, me venoient chercher avec quantité de paysans, qui m’emportèrent à Limone, où je ne m’arrêtai pas pour cet accident… »
Recueilli par Jean-Louis CASERIO
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QUOURA OU COUNTE DE SOUVIGNY HA STRACOULÀ RA COUALA DE TENDA EN 1637
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« … Me fa pieijhé de fà ra narracian dou men retorn ent’ ou Pimount dame ou coumissari e ou tresourìe que s’en eran ‘n anache dame mi, e d’un’aventura que m’es acapitàia ent’ ou Coal de Tenda. Aishì, su stach menà à ra cima dou Coal, puhi su anach ent’ una « ramassa » (soarta de carrou, menà da un ome, e que sierve pèr sguilhà sus’e pèndite nevouse) ; u « ramassoù », que vourìan esse u primi, en cambi de seguità ou camen abituale, m’han fach passà pèr una « dressiera » ( que vouhe dì camen de straversa) douna r’aiga d’una foant s’era spantegàia e guiaçàia sus’a néu dame una stendùa de mila passe. Aquelu pelandroù, pensent que mi foussa perdù, se san desgajà da ramassa. Au miej-virou qu’ela ha fach quoura elu san partì, hai pilhà ou temp de ‘n aname-n’en de foara, e, ent’a pèndita dou gourg, douna me semelhava d’anà aishi vitou qu’una balestra, me su tengù ferm sus’ e mìe rene, dame re squiape dou cu e re mìe mà, pèr empachà-me de picà da testa coantra ra guiaça. Quoura su arribà à ra fen e que me su trovà susa ra néu, hai gardeà de douna mi era vengù e douna pouvìa esse ra vila de Limone douna devìa anà, e coumençava d’encaminà-me d’aquelou coustà, scandalhent sempre dam’ a mìa spada pèr noun resegà de cascà ente quarque found pien da néu. Essent un poc gerà, me su acourjù qu’u me gante de cervou m’avìan ben siervì ma que n’avìan pa poushù empachà qu’ou men pougnet siegue pertusà fint’ à u oasse, autant ben que me squiape dou cu, e re mìe bràie toute sgarràie. N’avìa pa fach à r’envirou d’un miej-quart de lega qu’hai sentù de vouse que me sounavan. Hai ben recounoushù aquele de Mounsù Poyet, coumissari, e de Mounsù Perret, tresourìe, que, perqué noun m’avìan trovà à Limone, eran vengù à cercà-me dame tantu païsà que m’han pourtà fint’ à Limone, douna noun m’arrestava nan pèr aquestou achident … ».
Revirada Solange Mongondry Barbéris, felibressa mentounasca


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