Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
La revirada « U cantahoù da nuech » par Mauri Osicki-Ampolini

Les chanteurs nocturnes

Un texte de 1880 par Gustave Labourt
mardi 13 octobre 2020 par Labourt Gustave, Mauri OSICKI - AMPOLINI

LES CHANTEURS NOCTURNES
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Les hirondelles nous quittent à l’approche de l’hiver. Où vont-elles ? Personne encore n’a pu nous le dire. Eh bien, les Chanteurs nocturnes, ces hirondelles mentonnaises ne font leur apparition qu’à la fin de l’automne. Quand les premiers froids du nord obligent l’étranger à revenir à Menton, quand les premières villas commencent à être habitées par les familles Russes, Allemandes ou Anglaises, quand les grands hôtels rouvrent leurs portes, les chanteurs nocturnes accordent leurs instruments, guitare, violon et accordéon. Voilà pour l’accompagnement ! De belles voix de ténor, de basses et baryton, voilà pour le chant !
Les Chanteurs Nocturnes dont je veux essayer aujourd’hui de vous dépeindre les types, sont de véritables artistes mentonnais de naissance, ils ont le goût de la musique ; en venant au monde, ils bégaient la Garibaldienne et Santa Lucia. Tout gamins, ils commencent déjà à pincer de la guitare et à fredonner entre eux des chœurs italiens ; en grandissant ils se perfectionnent et finissent par devenir d’excellents musiciens.
Par une belle nuit d’automne, ils se glissent doucement sous les arbres de ces splendides jardins qui entourent nos magnifiques hôtels Les étoiles brillent dans un ciel pur, les rayons de la lune jettent une lueur pâle sur les blanches façades des villas. Les fenêtres éclairées sont ouvertes et sur le balcon les étrangers respirent cette bonne brise du soir qui leur apporte les senteurs embaumées des citronniers, des jasmins, des roses et des orangers.
Tout à coup, au milieu du silence de la nuit une douce musique, qui semble sortir de l’ombre d’un bosquet, se fait entendre. C’est d’abord la guitare, le violon et l’accordéon. C’est le prélude ! Après la ritournelle exécutée très piano, le ténor entonne aussitôt quelque chant national et bientôt les voix de ses camarades se mêlent à la sienne. L’effet est superbe, les voix sont belles et nos chanteurs nocturnes sont artistes et musiciens. Ils détaillent admirablement les morceaux, et s’accompagnent avec beaucoup de goût, aussi l’étranger est ravi, il applaudit chaleureusement cette sérénade improvisée et témoigne sa satisfaction en lançant du balcon une pluie de pièces blanches, douce rosée du soir qui vient tomber dans les chapeaux de nos chanteurs nocturnes.
Voici l’époque à laquelle ces hirondelles harmonieuses vont commencer leur tournée. Voici l’époque des concerts et des sérénades. Ces musiciens de la nuit, auraient manqué à cette fête de l’éternel printemps. Dieu nous donne ici en toute saison, un soleil brillant, un ciel sans nuage, des arbres toujours couverts de feuillages et de fruits, des parterres où les corbeilles de fleurs aux couleurs éclatantes surgissent au milieu des gazons verts, il devait compléter les joies de ce paradis terrestre qui s’appelle Menton en y ajoutant encore les CHANTEURS NOCTURNES.
Gustave Labourt
Extrait du Journal de Menton, lundi 15 novembre 1880
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U CANTAHOÙ DA NUECH
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E roùndoure s’en van coura r’envern s’endralha. Que païs lountan re aspera ? Nushen noun pouhe encara dì-rou.U cantahoù da nuech, aquele roùndoure mentounasque se fan vé soulament coura r’autoun despareishe. E prime-fredoù dou nord aubrigan ou strangìe à revenì à Mentan. À ‘stou moument e vilà bele, poc à poc, san abitàie de familhe russe, alemande o inglese, e u oustà granne duerban re soue pouarte e ru cantahoù da nuech acourdan u strumente, quitarra, vioulin e jorgina. Acò ese pèr acoumpagnà ! Mà pèr ou cant i san de vouse bele de tenor, de basse e baritan.
U cantahoù da nuech de qù ancùi vagou à descrive u genre san d’artiste, veritàbile mentousnasque, naishù ent’ou païs, que han a mùsica ent’a testa despuhì à naishença. Pichoù, entounan ja ra « Garibaldienne » e tamben « Santa Lucia », puhi pelucan a quitarra e zounzounan enseme de còrou talià e se perfeciounan dame r’age e fenìshan à ésse de musicante echelente.
Pèr una nuech bela d’autoun, se sguilhan pian-pian sout’u erbou d’aquelu jardì splèndidi que entournian e oustà nouaishe magnìfiqui. E stele lusan ent’un chelou purou, u ràiou da luna mandan una quiaroù pàlida sus’e fachade bianque de vilà. E fenestre belugàie san duberte e sus’ou barcan u strangìe respiran aquela aura boana da sera que ru pourta re audoù embaumàie du limounìe, du jaussemì, de résoure e du pourtougarìe.
Tout en un còu, à mitan da nuech, una mùsica doussa que semelha sourtì de r’oumbrina d’un bousquet se fà da sentì. Coumença ra quitarra, puhì ven ou vioulin e poc apress a jorgina. Es ou preludi ! Apress ou refren eseguì pian-pian, ou tenor entouna quarque cant naciounale e benvitou u se camberade mesquian e vouse soue ent’a soua. R’efet ese superbou, e vouse san bele e ru nouaishe cantahoù da nuech san tamben artiste e musicante. Spessan meravilhousament e mùsique e s’acoumpagnan dame pran de gust, aishì rou strangìe es encantà, pica de ma pèr aquela serenada emprouvisàia e manifesta ra soua satisfacian en mandent dou barcan una gragnourada de pece bianque, serena doussa que ven à iempì u capé du nouaishe cantahoù da nuech.
Es ou temp pèr aquele roùndoure armouniouse de fà ra virada. Es ou temp du councerte e de serenade. Aquelu musicante nuechenque san sempre d’aquela festa da primavera eterna. Diou nou douna aquì, en toute stagioù, un sourelh lusent, un chelou sensa nivoura, d’ erbou cuberte de fuelhage e de fruche, de parterre iempì de fioù de toute couroù que san couma de stele sus’u germulhe verde, e de mai, ent’aquelou paraïs sounà Mentan, Diou ri ajougne ru CANTAHOÙ DA NUECH.
Revirada Mauri Osicki-Ampolini


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