Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
UN PETIT TOUR DANS NOS ANCIENS « OU PAÏS MENTOUNASC »

C’était dans le PM 122 : MENTON en mil huit cent quatre-vingt douze

Un texte lu dans « L’Avenir de Menton » du 1er janvier 1892
mardi 4 mai 2021

MENTON en mil huit cent quatre-vingt douze
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Il y a trente ans, Menton n’était qu’une toute petite ville, dont la cathédrale était pour ainsi dire le centre.
Le Pont du Borrigo n’existait pas. Quelques hôtels élevés çà et là offraient l’hospitalité aux Etrangers que notre soleil commençait déjà à attirer. L’hôtel de Turin, l’hôtel de France, la Pension Camous, l’hôtel de la Grande-Bretagne, celui des Quatre Nations et enfin la Pension des Anglais fondée par M. Cléricy père ; c’était à peu près tout. Le Docteur Bennet vint alors s’y installer pour soigner les autres tout en se soignant lui-même.
Ce fût un de ceux qui des premiers, commencèrent à établir la réputation de Menton en constatant l’excellence de son climat et en publiant de nombreux ouvrages qui contribuèrent beaucoup à faire de cette charmante ville une des stations les plus recherchées du Littoral.
A cette époque, nos avenues, depuis l’hôtel des Anglais jusqu’aux villas de la Maison Modèle étaient bordées de beaux lauriers roses.
Là où l’on a bâti des grands hôtels il y avait des citronniers et des oliviers splendides.
Le rossignol et le rouge-gorge chantaient dans les jardins en bordure de la rue Saint-Michel en face de la place du marché.
Ce petit coin du monde, paradis terrestre béni par la providence, avait un aspect vraiment enchanteur. C’était une oasis où le voyageur ne pouvait faire autrement que s’arrêter, pour s’y reposer au sein d’une luxuriante verdure.
Garantie des vents du nord par de hautes montagnes, la charmante cité sommeillait dans son nid de verdure, baignant ses pieds dans les flots azurés de la Méditerranée sous un soleil resplendissant.
Rafraîchie le soir par les brises parfumées des douces senteurs de la violette et de la fleur d’oranger, elle s’endormait paisiblement sous un beau ciel parsemé d’étoiles, pendant que les lucioles, ces étincelants diamants de la nuit, traçaient des sillons de lumière phosphorescente sous les sombres forêts d’oliviers.
Ah ! C’était bien la ville poétique et bénie où l’on trouve le repos, la tranquillité, la santé ! Aussi chaque année, la colonie étrangère augmentait-elle considérablement. Les premières villas occupées par les Etrangers, sont celles qui sont connues sous le nom de villas Franciosi, Henocq, Clairete, etc.
La réputation de Menton grandissait tous les jours ; les Etrangers arrivaient de toutes parts demander à son bienfaisant climat la guérison de ces terribles maladies qui dévastent les pays où la neige et la glace remplacent notre éternel printemps.
Déjà, de grands hôtels se bâtissaient dans tous les quartiers, se hâtant d’ouvrir leurs portes aux nombreux visiteurs que cette réputation toujours croissante attirait ici tous les hivers.
Celui qui a vu Menton en 1860 et qui le reverra en 1892 sera stupéfait. Aujourd’hui la promenade du Midi, qui n’était alors qu’une plage de sable où croissaient quelques tamarins sans cesse battus par les vagues, s’étend depuis le port jusqu’au pont de l’Union.
Ce port et ce pont n’existaient pas autrefois.
On a couvert une partie du Careï, pour y établir ce jardin où l’Etranger vient pendant la semaine entendre les concerts donnés par notre Musique municipale.
L’avenue Victor-Emmanuel et la rue Saint-Michel qui offrent aujourd’hui deux rangées de bazars et de magasins très élégants, étalant derrière leurs vitrines des objets d’art, des bijoux, soieries et dentelles, souvenirs du pays, enfin tout ce que la mode peut offrir de plus coquet et de plus nouveau aux riches amateurs de belles choses, étaient désertes.
Jadis il fallait aller chercher le chemin de fer à Toulon si l’on voulait aller à Paris et rien que pour se rendre à Nice, on devait se résigner à être secoué pendant quatre ou cinq heures dans d’abominables guimbardes pompeusement décorées du nom de diligences.
L’avenue de la Gare, avec sa double rangée de platanes, et ses larges trottoirs n’aboutissait qu’aux Moulins de la ville. Un pont de pierre relie aujourd’hui le quartier St-Benoit où s’élèvent de magnifiques hôtels et de splendides villas, avec l’avenue de la Gare. Sur les coteaux environnants, de luxueuses habitations vous apparaissent entourées de fort jolis jardins.
Vous trouvez au centre de la ville des établissements de premier ordre.
Le quartier de Garavan s’étend derrière la vieille ville, étalant en plein soleil les façades de ses nombreux hôtels et de ses coquettes maisons de plaisance. Au-dessous du magnifique quai Bonaparte s’étend le port où viennent s’abriter en hiver les yachts à vapeur de nos riches visiteurs.
Puis le Cap Martin avec sa couronne de sapins et sa ceinture de rochers. Son nouvel hôtel, ses routes bien entretenues, sur le bord desquelles on voit déjà bâtir de royales demeures. Le Cap qui n’attend plus que sa jonction avec Menton par ce trait d’union si difficile à obtenir, par la promenade du Midi, projet arrêté par le refus de quelques mètres de terrain, ce qui est un fait inouï, extraordinaire à citer dans les annales des villes de saison. Nos montagnes offrent aux touristes des excursions toujours nouvelles, elles sont sillonnées de sentiers embaumés conduisant à de jolis petits villages cachés
sous les bois d’oliviers, comme la violette se dissimule sous les verts gazons. Des routes carrossables traversent nos riches vallées jonchées d’anémones tapissées de mousses et de bruyères.
Nous avons un Casino ; on va, espérons-le, rouvrir le cercle momentanément fermé.
Ce qui nous manque, et ce qui cependant a été souvent réclamé par les Mentonnais comme par les Etrangers, c’est une véritable salle de spectacle, dans laquelle on pourrait donner des représentations suivies, des bals masqués, des fêtes publiques. Cela viendra. Ce qui nous manque encore, et ce que l’on demandait aussi dans ce journal, il y a quelques temps, c’est un marché plus vaste. Mais enfin, Paris ne s’est pas bâti en un jour, il faut du temps pour mener à bonne fin de pareilles entreprises, et il faut convenir que Menton est en plein progrès ; si au lieu de rétrograder on continue à marcher en avant, notre ville est appelée à un brillant avenir. On a déjà obtenu de sérieuses améliorations, c’est toujours un véritable plaisir pour nous de le constater ; nous sommes dans la bonne voie, et quand nous aurons obtenu le peu qui nous manque encore pour que notre cité n’ait plus rien à envier aux autres stations, Menton alors, n’aura pas de rivale sur le littoral méditerranéen. En commençant cet article, chers lecteurs, je vous ai dépeint Menton en 1860, je le termine en vous le montrant en 1892.
Extrait de « l’Avenir de Menton » du 1er Janvier 1892


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