Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
UN PETIT TOUR DANS NOS ANCIENS « OU PAÏS MENTOUNASC »

Menton en noces en 1892

Gustave Labourt
mardi 13 juillet 2021 par Labourt Gustave

MENTON EN NOCES EN 1892
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Ouvrez les journaux quotidiens qui depuis quatre mois nous arrivent par le premier train, le train des Canards ! Encore si ce n’était que des Canards qui nous arrivent ainsi du dehors : mais il y a avec cela beaucoup de mauvaises nouvelles des accidents, des maladies, des déraillements de toutes sortes, des suicides, des désastres, des grèves et tout le tremblement. Alors, en lisant tout cela votre vieux qui depuis plus de vingt ans n’a pas quitté ce paradis terrestre, s’écrie : Ah ! sapristi ! Que l’on est donc heureux de vivre à Menton. Là-bas il tonne, le vent souffle, la grêle tombe, les glaciers fondent, les médecins sont sur les dents. Ici, rien, absolument rien que l’éternel azur et la perpétuelle verdure.
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C’est sans doute cette douce température qui fait éclore des idées voluptueuses et pousse les jeunes gens au mariage ? S’est-on assez marié à Menton ce mois-ci. On peut le dire, Menton était en noces. La fleur d’oranger circulait dans nos rues avec un enthousiasme bien réjouissant pour le petit Cupidon.
D’abord nous avons eu le mariage Lundi 19, de Melle d’Adhémar, fille de M. le Comte d’Adhémar de Lantagnac une des familles des plus notables et des plus anciennes de Menton. Voici le nom des témoins du marié M. Capponi-Trenca, docteur en droit, M. le baron de Galléani, lieutenant-général dans l’armée italienne et M. le sénateur Faraldo, et ceux de Melle d’Adhémar : M. Jules Bosano Vice-Consul d’Italie, et M. Théodorie d’Adhémar de Lantagnac. Après la cérémonie de l’Eglise il y a eu déjeûner chez le Comte et le soir les jeunes partaient pour Turin. Et d’un ! Mardi 20, c’était le tour de Melle Jeanne Moufflet, charmante jeune fille de 19 ans avec M. Joseph Martin. Melle Moufflet est la fille de notre sympathique chef de gare, aussi y voyait-on les nombreux amis de la famille. Huit landaus, contenant les parents et les invités arrivaient à 10 h 30 à la mairie, de là on partait pour l’Eglise paroissiale. Le chœur réservé aux invités était décoré d’arbustes. M. Véran archiprêtre, a prononcé un discours qui a vivement ému les assistants, et pendant la messe, l’orgue jouait des airs empreints d’une douce mélancolie, nos félicitations à l’exécutant. Après les cérémonies légales et religieuses, on est remonté en voiture et quelques instants après la société se trouvait réunie autour d’une table richement servie, chez M. Husson, Hôtel de Menton, qui je vous l’assure possède un chef hors ligne. Ce déjeuner vraiment digne de Brillat Savarin, eût été approuvé par Vatel.
Menu du 20 Septembre 1892  :
Truite du Lac, sauce tomate. Filet de bœuf Renaissance. Volaille à la Nantua. Haricots verts au beurre. Faisans rôtis. Salade de saison. Glace piémontaise. Gâteaux bretons. Corbeilles de fruits et desserts. Vins. Graves, Pomard, Champagne, Café, liqueurs. Au dessert notre confrère de la Sentinelle Mentonnaise, qui ne sort jamais sans avoir son mirliton dans sa poche, en sa qualité d’ami de la famille a porté le toast suivant :
" Jeanne j’étais à ta naissance
Et j’assiste encore ce matin,
A ton union ! Quelle chance !
Avec ton fiancé Martin
J’espère être encore là, quand même,
Le jour où tous tes bons parents
Fêteront un joyeux baptême,
Car j’aime les petits enfants.
Je bois à vos pères et mères !
Je leur souhaite de longs jours
A vous tous ! Remplissez vos verres
Et buvons au Train des amours."
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Après cela, on a enlevé des tables et l’immense salle à manger de l’Hôtel de Menton, s’est trouvée transformée en salle de bal. On a dansé, on a chanté, enfin l’on s’est énormément amusé ! Outre les parents des jeunes époux, on remarquait M. Crégut, Receveur des douanes à Monaco, M. Régimbard Receveur des douanes à Menton, M. Poyer lieutenant de Gendarmerie, M. Filippi lieutenant des douanes à Monaco, M. Cammand notaire, M. Roche et d’autres amis de la famille. Enfin à 7 h 35 les jeunes mariés se retiraient et montaient dans le train que notre confrère appelle dans son mirliton, le Train des amours.
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Et de deux ! Mercredi c’était le tour de Melle Agliani encore une charmante jeune fille, elles sont toutes charmantes à Menton. Melle Agliani était conduite à l’hôtel par M. Burkar - les nouveaux mariés ont suivi le même itinéraire, la mairie, l’Eglise… la salle à manger… et le train en question. En fait de mariages, l’histoire de l’un. C’est l’histoire de l’autre. Mais on conviendra que ca va bien, et je suis certain de ne pas être démenti par le moindre grincheux en affirmant que ça va continuer. – Le petit grillage dans lequel M. Abbo enferme les fiancés, ne désemplit pas voilà une épidémie qui loin d’être redoutable est au contraire très agréable. Eh ! bien nous n’en connaissons pas d’autres à Menton.
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Encore une qu’il faut ajouter à la liste. C’est la nièce de notre Directeur1, qui épouse M. Dalmas. L’hyménée aura lieu dans le courant du mois prochain. Et ce n’est pas fini.
A l’heure où paraîtront ces lignes de nouvelles affiches rempliront de nouveau le grillage de l’Hôtel de Ville.
Pour terminer le Vieux du Combattant souhaite de longs et heureux jours à tous les jeunes mariés, et espère que nous verrons encore longtemps. Menton en Noces.
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Le Vieux (pseudonyme de Gustave Labourt)
Menton en Noces, Le Combattant, Dimanche 25 Septembre 1892

1- En 1892, Jean-Michel Ciquet est le Directeur-Gérant du Combattant, journal politique et littéraire du Mentonnais


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